6 octobre 2013

C'est la rentrée !


Cher(e)s ami(e)s, 

L’association Le Vitrail d’Art fait sa rentrée. L'année 2013-2014 sera essentiellement consacrée à la conduite de deux beaux projets :

- Il s'agira, tout d'abord, de préparer l'édition de la thèse que Benoît Manauté a récemment soutenue à l’université de Pau et des Pays de l'Adour. Une souscription sera très prochainement inaugurée afin que cette première grande publication consacrée à la dynastie Mauméjean puisse prendre la forme d’un beau livre d’art.

- Nous souhaitons également travailler à la mise en ligne d’une base de donnée répertoriant l’ensemble des chantiers honorés par les Mauméjean. Cet outil numérique permettra au grand public, ainsi qu’aux professionnels de l’art, de documenter certaines réalisations. Il permettra également aux institutions et aux artisans en charge de restaurations de pouvoir consulter un nombre considérable d’esquisses, de maquettes et de cartons exhumés lors de précédentes campagnes de recherche.

Bien entendu, nous continuerons à faire connaître la production de la manufacture Mauméjean en publiant des articles, et de courtes notices, sur notre blog.

Nous espérons pouvoir compter sur votre fidélité, votre enthousiasme, et votre soutien !


La Danse (projet original)
Mauméjean Frères
1925
Tempera sur toile
200 x 300 cm
Collection privée
Cl. B. Manauté ©

3 octobre 2013

À la découverte d'une oeuvre


L’église Saint-Julien à Lons



Vue de l'église Saint-Julien.
Cl. B. manauté
Située dans la banlieue nord de Pau, l’église Saint-Julien se trouve aujourd’hui enchevêtrée dans le dense réseau d'enseignes commerciales qui bordent la route nationale reliant Bordeaux à l’Espagne. Pourtant, les premiers projets - dessinés vers 1935, par l’architecte Henry Challe - montrent que le mur-pignon de ce monumental édifice se dressait initialement au cœur d’une paisible et verdoyante zone résidentielle formée d’éparses et cossues villas bourgeoises. En effet, menée entre 1937 et 1956, la construction de Saint-Julien devait marquer la fin d’une volontariste campagne constructive destinée à renforcer la présence de l’Église catholique dans les quartiers populaires qui, sous l’effet d’une forte croissance démographique, s’étaient progressivement organisés en périphérie du centre historique de la ville. 


Vue d'une chapelle latérale.
Cl. J.-C. Poumeyrol
À l’instar des parois de béton des églises d’Île-de-France édifiées par le cardinal Verdier, les murs de Saint-Julien furent couverts d’un somptueux manteau de verre et de céramique dont la conception fut confiée à Charles Mauméjean. Profitant de la claire organisation des espaces proposée par l’architecte, le décorateur décida de créer un autel secondaire au centre de chaque travée latérale. La table sacrée fut systématiquement placée en avant d’une large baie cintrée, laissée aveugle au premier niveau afin de recevoir mosaïques et fresques. La partie supérieure fut, quant à elle, fermée d’un vitrail au devant duquel fut installée une imposante sculpture réalisée par Raymond Dubois. Cherchant à donner force et cohérence à l’ensemble, Charles Mauméjean dessina lui même les lumineuses et ornementales auréoles de ces imposantes statues.


Vue du choeur liturgique.
Cl. B. Manauté
Le peintre verrier donna également un développement monumental au retable majeur qui prit ici la forme d’une mitre percée de trois baies cintrées accueillant une représentation de la Cène. Sous l’arcade central, furent figurés Jésus et saint Jean qui, installés en bout d’une longue table nappée de blanc, présidaient à l’assemblée des apôtres. Soucieux de conférer une dimension symbolique à la scène, l'artiste choisit de rompre avec les canons d'une iconographie pluri-séculaire en ne figurant que douze apôtres : il s'agissait moins de représenter la trahison de Judas que d'illustrer le caractère fondateur de ce premier repas. De la même manière, le peintre verrier décida d'installer un imposant autel en pierre de Lignerolles dans le prolongement de la table peinte sur le retable. Composant un véritable trompe-l’œil, il instaura un lien tangible et spectaculaire entre l'espace représenté et l'espace vécu.

Cherchant la modernité dans une utilisation innovante et raisonnée de techniques et matériaux hérités du Moyen-âge, Charles Mauméjean élabora un style personnel, éclatant et exubérant, dont le décor de Saint-Julien constitue sans doute l’une des plus brillantes illustrations.


Décor de la chapelle dédiée à saint Grat (détail)
Cl. B. Manauté
Décor de la chapelle dédiée à saint Grat (détail)
Cl. B. Manauté
L'Annonciation (vitrail), chapelle de la ViergeCl. B. Manauté
Décollation de saint Léon (fresque et mosaïque), chapelle Saint-Léon
Cl. B. Manauté
Décor de mosaïque (détail), chapelle Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus
Cl. B. Manauté

Bibliographie sélective :

- DUSSOL (D.), Pau Art déco. Arts, histoire et société (1919-1939), 2011, Bordeaux, Le Festin, 288 pages.

- FROUTÉ (P.-A.), "Pau et les Mauméjean maîtres-verriers (1860-1970)", Revue de Pau et du Béarn, nº 21, 1994, pp. 429-472. 
MANAUTÉ (B.), " Flambe ! Illumine ! Embrase !". La place de la manufacture de vitrail et mosaïque d'art Mauméjean dans le renouveau des arts industriels franco-espagnols (1862-1957), thèse de doctorat, s. l. dir. de Dominique Dussol, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012, 3 vol., 1377 pages.
- MANAUTÉ (B.), "Mauméjean, un siècle de lumières paloises", Le Festin - Revue des patrimoines et de la création en Aquitaine, nº 79, 2011, pp. 78-87.
- MANAUTÉ (B.), "Charles Mauméjean et le décor de l'église Saint-Julien à Lons, entre enchentement visuel et religiosité", Le Festin - Revue des patrimoines et de la création en Aquitaine, nº 38, 2001, pp. 28-35.
- VARILLON (I.), L'art sacré en Béarn et Pays basque dans la période de l'entre-deux-guerresthèse de doctorat, s. l. dir. de Dominique Dussol, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012, 2 vol.

29 septembre 2013

À la découverte d'une oeuvre


L'ancien bâtiment de la Sécurité Sociale à Mont de Marsan



par Béatrice Haurie, docteur en histoire de l'art


Vue de la maison Bié, devenue le Cours 

Secondaire pour Jeunes Filles en 1903
Cl. Arch. Dép. des Landes ©
Les trois verrières du bâtiment de la Sécurité Sociale, 8 rue du Maréchal Bosquet à Mont de Marsan, sont réalisées à partir de 1951 après les transformations de l’ancien Cours Secondaire pour jeunes filles. Les architectes sont les montois Henri Dépruneaux (1867-1953) et son fils Pierre Dépruneaux (1898-1978). Henri fait les plans de la démolition de la partie arrière du Cours Secondaire à partir de 1936[1]. Pierre apporte la commande des baies à la société anonyme Mauméjean frères, le 8 janvier 1951[2]

Vue du hall d'entrée de l'ancien 

bâtiment de la Sécurité Sociale.
Cl. C. Lafférrière ©

Situées sur la façade Nord-Est de l’édifice, les verrières, placées dans des châssis métalliques, éclairent, grâce à leurs dimensions monumentales, une imposante cage d’escalier[3]. Seulement visibles de l’intérieur, elles ne sont pas mises en valeur depuis l’extérieur puisque la volonté de Pierre Dépruneaux est « de chercher à cacher à la vue des occupants du bâtiment la ruelle assez sombre et dépourvue d’intérêt où elles prennent jour[4] ». Étant donné la situation de lumière assez précaire, Charles Mauméjean propose de souligner l’éclairage naturel par une triple verrière composée de « verres multiformes blancs et jaunâtres accrochant la lumière et la réfléchissant au travers de prismes de quelques verres en relief, émaillant l’arabesque des fonds[5] ». Dans la même lettre, le maître-verrier indique que les matériaux utilisés sont des « verres translucides pour les gris blanc, opaques pour les opalines blanches et noires ».

Détail des vitraux de Charles Mauméjean.Cl. C. Lafférrière ©
Serties dans un treillage de plomb, ces compositions abstraites et géométriques sont proches des œuvres néo-plastiques du groupe hollandais De Stijl, qui s’intéresse à la technique du « vitrail blanc » réalisé à partir de verres imprimés fournis par l'industrie. Cette technique, rendue célèbre par le maître verrier Louis Barillet, séduit l’architecte Robert Mallet-Stevens qui considère le vitrail comme un élément constitutif de l’architecture. Le fondateur de l’Art international écrit en 1927 : « Dans un escalier, le luxe de la couleur ne s’impose pas …[…] Au contraire, le vitrail fait de verres blancs spéciaux offre de nombreux avantages en tant qu’éclairage. Les verres prismatiques, grâce à leurs facettes de réfraction, dispersent rationnellement les rayons lumineux dans des pièces privées d’un grand éclairage naturel. Les innombrables types de verres imprimés distribuent de la lumière extérieure dans des directions différentes. Grâce à l’emploi judicieux de ces multiples verres donnant des gris et à l’adjonction de petits éléments opaques et de morceaux taillés dans des miroirs, Barillet a composé des vitraux d’une grande tenue et d’une réelle beauté[6] ». C’est selon cette technique très spéciale, mais dans un esprit modérément moderne souhaité par Dépruneaux, que Mauméjean conçoit les tableaux de lumière de Mont-de-Marsan. 

Vitrail de la fenêtre basse du rez-de-chaussée.
Cl. C. Lafférrière ©
L'association de petits éléments ondés et des segments de cercles bien lisibles, la clarté et la simplicité des formes, le réseau des plombs très présent, le jeu des contrastes et la force de la couleur font de ces panneaux des éléments de tradition et de modernité. Dans la frontalité des visages, Mauméjean est désireux d'un classicisme épuré et utilise un schématisme « tubiste » selon une stylisation contrôlée.


Vue de la grande verrière de l'entresol.
Cl. C. Lafférrière ©
Au rez-de-chaussée, la fenêtre basse réunit deux colombes au dessin synthétique et aux formes schématisées, volant vers le beau volume d’un disque jaune représentant le soleil. La première colombe est verte, l’autre a une palette jaune-sable. Elles sont rehaussées par l’éclat de quatre étoiles vertes, traitées en pointe de diamant. 
À l’entresol, partie la plus fréquentée de la cage d’escalier, « un motif exprimant un double visage, l’un jeune, l’autre vieux, car la prévoyance donne au jeune homme la sagesse du vieillard[7] » se détache clairement du vitrail blanc. L’homme jeune est imberbe. Son visage idéalisé est traité dans de chatoyants camaïeux de rouge, et il fixe l’éternité avec un calme olympien. Le vieillard barbu est traité dans une riche harmonie de bleus et de verts. Mauméjean qualifie la verrière de « symphonie en blanc, gris et noir avec accents de verdâtre pour la carnation du vieillard et de rose pour la carnation du jeune homme[8] ». Les couleurs vives, belles dans leur tonalité, rendent le modelé et les expressions. Elles manient avec subtilité les contrastes, pour donner à la composition davantage de puissance. L’utilisation décorative des mots « prévoyance » et « sécurité » se place dans le même contexte Art déco. 
Vue de la grande verrière du 2nd niveau (détail).
Cl. C. Lafférrière ©
La plus grande verrière se trouve au deuxième niveau. Un caducée médical est composé de deux serpents verts qui évoquent la prudence. Ils luttent avec une baguette dorée, surmontée d’une colombe dont les ailes symbolisent l’activité. Des dalles de verre rectangulaires offrent une belle transparence bleutée. La combinaison des couleurs produit une sorte de miroitement.Ces vitraux s’inscrivent donc dans une démarche décorative Art déco et l’on voit comment l’architecte et le maître-verrier montrent une volonté de se positionner par rapport à l’art des années 30 dans une petite ville comme Mont de Marsan, alors que l’époque n’est plus en phase avec ce style. La symbolique de ces baies correspond tout à fait à l’esprit de la Sécurité Sociale créée la même année, en 1946. Les deux personnages incarnant la Sécurité et la Prévoyance sont caractéristiques des principes et valeurs sur lesquels cette institution s’est alors établie. Ils font référence aux luttes sociales des XIXe et XXe siècles, durant lesquels les ouvriers, dépourvus d’une réelle protection sociale, ont payé un prix fort. Le thème des deux colombes sur deux vitraux renvoie à cet espoir de paix sociale dont était porteur le projet de création de la Sécurité Sociale.

Vue de la verrière de l'entresol (détail).
Cl. C. Lafférrière ©

Le nouveau bâtiment ouvre ses locaux au personnel de la Sécurité Sociale à la date prévue le 15 juin 1951, mais les trois baies de l'immeuble, déjà occupé, ne sont pas encore fermées. En effet, quelques opalines blanches ont subi des dégâts pendant le transport des caisses, et Dépruneaux demande aussitôt la réparation par le poseur[9]. Par la suite, l’arc en plein cintre du hall est comblé par la mise en place d'une porte coupe-feu qui assombrit l'entrée et divise l’harmonie de l’espace. Il ne fait aucun doute que le hall flambant neuf permettait de saisir l’élégance et l’harmonie de l’ensemble du volume architectural. 
Actuellement à vendre, l'immeuble va changer d’orientation et l'avenir de ces verrières devient préoccupant. Une protection au titre des Monuments Historiques permettrait certainement de garantir une surveillance de ce patrimoine montois, qui constitue un ensemble nouveau, insolite et méconnu.

_______________________


[1] La date du 23 mai 1936 se trouve près du cachet d’Henri Dépruneaux (Arch. dép. des Landes, 2O 1377, pl. 3787 et 3788).
[2] L’évolution du programme est précisée dans une importante correspondance accompagnée du projet, de plans façades, de dessins, de photos et d'une aquarelle de vitrail non encore cotée (Arch. dép. des Landes, fonds 82 J 71 du cabinet d’architectes Dépruneaux, dossier de l’ancien bâtiment de la Sécurité Sociale, 1946-1971).
[3] La plus grande des trois verrières mesure 3, 20 m de haut sur 1, 53 m de large.
[4] Lettre de Pierre Dépruneaux à la société anonyme Mauméjean Frères, 8 janvier 1951.
[5] Lettre de Charles Mauméjean à Pierre Dépruneaux, 17 janvier 1951.
[6] Mallet-Stevens (R.), « Les vitraux de Barillet », Les Arts de la Maison, Paris, Albert Morancé, 1926, p. 10.
[7] Lettre de Mauméjean à Dépruneaux, 17 janvier 1951
[8] Lettre à Dépruneaux, 14 février 1951
[9] Lettre à Messieurs Mauméjean Frères, 21 juillet 1951.


Bibliographie sélective :

HAURIE (B.), « Les tableaux de lumière de Mont de Marsan », Le Festin, nº 84, 2012, pp. 84-87.

20 mai 2013

Parlons technique !

#1 Les documents graphiques préparatoires

Texte et photographies par Benoit Manauté


Qu'il soit civil ou religieux, le vitrail - défini par Nicole Blondel comme un "ensemble de pièces de verre [...] découpées en formes diverses selon un dessin préétabli" - reste le résultat d'une longue chaine d'opérations, nécessitant l'intervention de plusieurs ouvriers très spécialisés. 
Chez Mauméjean, comme dans l'ensemble des maisons de vitrail des XIXe et XXe siècles, sa réalisation débutait par l'exécution d'une succession d'outils graphiques préparatoires destinés à faciliter sa réalisation et sa mise en place.

Mauméjean Frères
Ange agenouillé (étude)
S.d
Crayon et encre sur papier, dimensions inconnues
Alcalà de Henares, atelier Mauméjean
De manière générale, le peintre verrier commençait par dessiner une "étude" (on peut également parler "d'esquisse" ou "d'ébauche"). 
Réalisée au crayon ou à l’encre, sur une ordinaire feuille de papier, ce premier document témoignait, par son caractère enlevé et inachevé, de l’inspiration de son auteur, qui ne cherchait alors qu’à fixer les grandes lignes d’une composition précisée, plus tard, lors de la phase de conception de la maquette. Représentant la totalité du décor ou le simple détail d’un personnage, l’esquisse était toujours de taille réduite.

Cette étude passait ensuite entre les mains d’un peintre ou d'un dessinateur chargé de préparer une "maquette" qui devait servir de référence lors des différents échanges concernant la conception du programme et la finalisation de la commande.
Tracées au crayon, la plupart de ces méticuleuses représentations étaient encrées et recouvertes d’une fine couche de peinture, avant d’être encollées sur de plus larges feuilles cartonnées puis, finalement, circonscrites d’une large et sombre bordure brune révélant toute la richesse graphique et chromatique du futur décor. Véritables trésors de délicatesse, les maquettes té́moignaient bien souvent de l’extrême attention apportée à la réalisation de ces outils qui, servant de support aux négociations menées entre l'entrepreneur et son client, présentaient la vue précise et complète d’une œuvre dores et déjà adaptée à la particularité de contraintes esthétiques, matérielles ou architecturales. 
Chez Mauméjean, comme dans nombre d’ateliers, les maquettes affichaient généralement une réduction à l’échelle 1/10. Pourtant, lorsque que la nature ou le prestige de la commande l’exigeaient, certains projets pouvaient afficher des dimensions plus importantes. Recherchant une plus grande minutie, les verriers installaient alors leurs précieuses illustrations sur de fines planches de bois teintées qui, de manière plus occasionnelle, pouvaient être montées en polyptyques.
Mauméjean Frères
Nativité, vitrail (maquette)
S.d.
Crayon et encre sur papier, dimensions. inconnues
Alcalà de Henares, atelier Mauméjean

Mauméjean Frères
La Sainte Famille, décor de mosaïque (maquette en cours de réalisation)
S.d.
Crayon et encre sur papier, dimensions inconnues
Alcalà de Henares, atelier Mauméjean

Mauméjean Frères
La Mort de Joseph, carton de vitrail
Ultime document graphique, indispensable à la confection des calibres des vitraux ou au placement des tesselles de mosaïques, le "carton" offrait un modèle direct - à grandeur d'exécution - des œuvres approuvées par le commanditaire. Contrairement à certaines pratiques observées chez d’autres verriers contemporains, le carton n’était pas, au sein des ateliers de Paris, Madrid, Saint-Sébastien et Hendaye, le support privilégié d’inscriptions destinées au guidage des nombreux ouvriers impliqués dans la réalisation ou le montage de l’œuvre. Rejetant l’ensemble des indications techniques sur de petits croquis ou plans de montage exécutés à main levée, les verriers franco-espagnols concevaient avant tout ces imposantes compositions figurées ou ornementales comme des outils à usage interne.
Les archives photographiques de la firme montrent que les frères Mauméjean produisaient ainsi différents types de cartons. Les premiers, véritables patrons de l’œuvre figurant « l’épure de la fenêtre, du modèle, de l’emplacement de l’armature métallique ou du réseau de plomb », constituaient de méticuleuses et monumentales reproductions, rarement colorées, de la maquette.
En dépit de leur caractère spectaculaire, ces cartons complets ne constituaient pas l’essentiel du fonds. Satisfaits par le rendu de maquettes dont la précision suffisait à offrir une vue intégrale et aboutie de l’œuvre, les verriers franco-espagnols privilégiaient, en effet, la confection de cartons partiels. Ainsi, tirant parti du principe de symétrie qui présidait à l’élaboration des nombreux motifs ornementaux constituant bordures, tympans et fonds, les cartonniers de la firme se contentaient-ils souvent de figurer l’intégralité d’un seul et unique pan du décor. Si nécessaire, l’autre partie, simplement ornée de quelques éléments non symétriques (figures, inscriptions, blasons, etc.) pouvait rapidement être complétée par simple retournement des calques ou des calibres.


Mauméjean Frères
Nativité, carton de vitrail

Bibliographie sélective : 

- BLONDEL (N.), Le Vitrail : vocabulaire typologique et technique, Éd. du Patrimoine, 2000 [2e éd.], 490 pages. 
MANAUTÉ (B.), " Flambe ! Illumine ! Embrase !". La place de la manufacture de vitrail et mosaïque d'art Mauméjean dans le renouveau des arts industriels franco-espagnols (1862-1957), thèse de doctorat, s. l. dir. de Dominique Dussol, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012, 3 vol., 1377 pages.


À suivre....

21 avril 2013

À la découverte d'une œuvre


La chapelle de l'ancien Hospital de Jornaleros, à Madrid


Vue de l'Hospital de Jornaleros, Madrid.
Cl. : B. Manauté
Situé à Madrid, dans le quartier de Chamberí, l'ancien Hospital de Jornaleros - parfois appelé Hospital de Maudes - fut édifié entre 1908 et 1916, sur les plans des architectes Antonio Palacios Ramilo et Joaquín Otamendi Machimberrena. Commandé par Dolores Romero Arano - veuve de l'homme d'affaire Francisco Curiel y Blasi -, ce vaste complexe devait offrir une prise en charge médicale gratuite aux nombreux travailleurs journaliers (jornaleros) qui résidaient dans la ville et dans la province.
Organisé autour d'un patio octogonal, l'ensemble des galeries et bâtiments à usage médical fut complété, conformément aux désirs de la riche commanditaire, par l'adjonction d'une petite chapelle qui reçut un remarquable programme vitré, élaboré au sein de l'atelier madrilène de la manufacture Mauméjean.
Représentant d'édifiantes allégories "sacralisées" du travail, les vitraux des parties hautes de la nef montraient divers saints protecteurs campés au milieu d'agriculteurs, de forgerons ou de maçons, tandis que, sur l'élégante coupole nervurée, d'aimables putti se détachaient sur un subtil camaïeu de verres aux profondes tonalités de bleu.
Si les multiples figures composant cette grande "fresque sociale" furent traitées avec minutie et réalisme, les paysages et ornements accessoires témoignaient, quant à eux, d'une certaine influence moderniste. 

Bibliographie sélective :

 MANAUTÉ (B.), " Flambe ! Illumine ! Embrase !". La place de la manufacture de vitrail et mosaïque d'art Mauméjean dans le renouveau des arts industriels franco-espagnols (1862-1957), thèse de doctorat, s. l. dir. de Dominique Dussol, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012, 3 vol., 1377 pages.
- ROCHA ARANDA (Ó.), "Los Mauméjean, una familia de maestros vidrieros franceses en España (1897-1952)", Goya. Revista de arte, 2006, p. 363.

Mauméjean Frères
Décor de la chapelle de Jornaleros 
(vitrail de la nef) (détail)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté
Mauméjean Frères
Décor de la chapelle de Jornaleros (vitrail de la nef) (détail)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté

Mauméjean Frères
Décor de la chapelle de Jornaleros (vitrail de la nef) (détail)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté

Mauméjean Frères
Décor de la Chapelle de l'Hospital de Jornaleros 
(vitrail de la nef) (détail)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté
Mauméjean Frères
Décor de la Chapelle de l'Hospital de Jornaleros (coupole)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté
Mauméjean Frères
Décor de la Chapelle de l'Hospital de Jornaleros (coupole)
Vitrail, vers 1918
Madrid, Hospital de Jornaleros
Cl. : B. Manauté

16 avril 2013

Bienvenue ! Welcome ! ¡ Bienvenido !

Suite aux délibérations de l'assemblée générale constitutive du 12 avril 2013, nous avons le plaisir de vous annoncer la création de l'association Le Vitrail d'Art - Les Amis de la manufacture Mauméjean, dont l'objectif est d'étudier et de promouvoir la production de la dynastie des peintres verriers et mosaïstes Mauméjean.

Merci à tous les membres-fondateurs présents lors de cette sympathique réunion !

Mauméjean Frères
Sainte Agnès (détail)
Vitrail
1916
Pau, église saint-Jacques
Cl. B. Manauté